Chères et chers collègues,
Gilles Moutot, enseignant-chercheur au CEPEL fait partie des organisateurs par l’intermédiaire de SHSMED, le département SHS de la faculté de médecine de la première séance du séminaire SHS/Philosophie/Biologie « Cultiver l’interdisciplinarité aujourd’hui ».
Elle aura lieu le 11 mars de 10 h à 12 h dans l’amphithéâtre de la DR13, campus CNRS, 1919 route de Mende à Montpellier.
À cette occasion, nous aurons le plaisir d’entendre l’exposé de Charlotte Brives (anthropologue des microbes — CNRS, Centre É ile Durkheim — UMR5116, Bordeaux, France) et Rémy Froissart (virologue évolutionniste, CNRS, IRD, U. Montpellier, UMR 5290, MIVEGEC, Montpellier F-34394, France) :

« Évolution et involution dans la biomédecine. Thérapie phagique et traitements des infections bactériennes »
Depuis une vingtaine d’années, la (multi-)résistance bactérienne aux molécules chimiques antibiotiques est présentée comme l’un des fléaux de santé publique du 21e siècle. Il y a désormais un sentiment d’urgence et la nécessité toujours plus pressante de réponses. Quelle médecine souhaitons-nous ? Et que cela exige-t-il de nous ?
Nous proposons dans cette conférence de « ralentir », de « défaire les réflexes, les méthodes, les idéaux d’intelligibilité », suivant l’injonction de la philosophe des sciences Isabelle Stengers. Nous utiliserons l’exemple d’une thérapie pratiquée depuis plus de 100 ans dans le monde entier : la thérapie phagique (i.e. l’utilisation de virus bactériophages pour traiter les infections bactériennes). Il s’agira, à travers une réflexion sur la nature évolutive et dynamique du vivant, de saisir ce qui fait la spécificité des bactériophages et de leur mode d’action, de penser les relations multispécifiques à l’œuvre dans cette thérapie, qui lie ensemble les virus, les bactéries et les humains. La prise en compte active des modes d’existence de ces différentes entités nous conduira à une réflexion plus générale sur les conditions de développement de la thérapie phagique.

 
Inscription (gratuite) : https://interdis.sciencesconf.org/
 

Argument général du séminaire
Le projet de ce séminaire interdisciplinaire est né d’un double constat. D’une part, les conditions d’exercice de la recherche contemporaine — les modalités de financement et de publication, le recours à de nouvelles technologies de production de données, plus largement, les conditions sociales et les crises écologiques actuelles — ébranlent et remettent en question les modalités, propres à chaque discipline, de production de preuves et de connaissances. D’autre part, une telle réalité entre en tension avec le partage des tâches qui continue de présider à l’organisation disciplinaire de nos modes de connaissance : fondée sur la séparation entre la nature d’un côté, la culture et la société de l’autre, et, de là, entre sciences naturelles et sciences humaines et sociales, une partition qui rend difficile l’appréhension des problèmes que nos savoirs et nos pratiques engendrent et que nous y rencontrons. Ce ne sont d’ailleurs plus tant les objets qui participent de la définition des disciplines que les manières de les interroger. Les sciences sociales et la philosophie étudient désormais les dimensions matérielles et ontologiques des objets propres à la biologie, tandis que la biologie considère davantage les conditions et les conséquences sociales, économiques et écologiques de leurs pratiques.
Comment, dès lors, rendre compte, pour mieux s’y situer en tant qu’acteurs, de cette situation contemporaine ? Comment apprécier les effets que celle-ci produit sur nos savoirs et nos pratiques ? Et comment apprendre collectivement à appréhender les conséquences de nos savoirs et de nos pratiques dans le monde plus large où ils circulent et se déploient ?
Ce séminaire se veut ainsi tout autant le lieu d’une exploration de formes de coopération entre sciences humaines et sociales et biologie déjà à l’œuvre que le lieu d’une mise en culture et d’une familiarisation de nos disciplines respectives, de nos manières de fabriquer des problèmes et de mener nos recherches. En d’autres termes, il s’agit d’envisager ce que nous sommes ou non capables de faire ensemble.

Prochaines séances
12 mai – 15h-17h
Isabelle Stengers : « Une autre science est possible »
19 juin – 15-17h
Guillaume Lachenal : « Histoire environnementale du VIH »