Le pôle environnement s’inscrit dans la continuité du pôle innovant « développement durable » initié lors du précédent quinquennal. Il entend prolonger les travaux sur les objets investis dans ce cadre et s’appuie sur les différents contrats de recherche obtenus en 2017 et 2018, tout en développant de nouveaux chantiers. Dans le paysage scientifique français, il se distingue tant par ses objets et sa démarche partenariale que par ses approches, croisant analyse des politiques publiques et des comportements.
L’environnement a longtemps été en France un objet peu légitime en science politique si on excepte quelques travaux notables, dont ceux de Pierre Lascoumes en particulier. Les analyses environnementales se sont surtout développées dans des laboratoires axés sur les Science and technology studies (LISIS), les sciences de l’environnement ou dans des laboratoires de géographie important les approches environnementales critiques américaines. Si l’on constate une forte croissance des thèses soutenues ces dernières années – laissant augurer un changement dans ce domaine – les chercheurs en science politique spécialisés dans l’environnement sont encore peu nombreux – souvent rattachés à des écoles techniques (AgroparisTech) lorsqu’ils sont enseignants-chercheurs – et éparpillés dans différents laboratoires.
Le site de Montpellier a développé historiquement une compétence forte dans les domaines de l’agriculture-alimentation et de l’environnement en lien avec la présence d’EPST comme l’INRA, le CIRAD, IRSTEA, IRD, IRC, etc., et de Grandes Écoles dans ce domaine (SupAgro Montpellier, AgroParisTech, etc.), le plus gros laboratoire français de recherche en écologie – le CEFE – de renommée internationale qui ont permis en 2019 à l’Université de Montpellier d’atteindre le premier rang en écologie du classement de Shanghai. Ce vaste écosystème de recherche est regroupé dans le Pôle Agropolis, bénéficie du soutien de la Fondation Agropolis International et abrite également le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR). Initialement centrés sur les sciences de l’ingénieur (agronomie, hydrologie, écologie…) ou économiques, les EPST du pôle Agropolis ont progressivement développé des travaux en sciences sociales puis ont recruté ces dernières années des chercheurs en science politique ou sociologie politique (CIRAD essentiellement et IRSTEA).
Le nouvel axe environnement du CEPEL s’appuiera sur les différents partenariats de recherche qui ont été développés avec ces chercheurs dans le cadre du précédent quinquennal. Ces partenariats agrègent des politistes et sociologues du politique du CIRAD (UMR Art-Dev et MOISA), d’IRSTEA (UMR G-eau) et des chercheurs (géographe et économistes) de l’INRA (UMR Innovation, dans laquelle Laura Michel est chercheure associée).
Nombre d’entre eux sont déjà impliqués dans des actions scientifiques avec le CEPEL. L’objectif du nouvel axe environnement du projet du CEPEL est de poursuivre cette dynamique afin de fédérer une communauté de chercheurs dans le cadre de programmes de recherche et d’animation scientifique en partenariat et d’attirer de nouveaux chercheurs en sciences sociales spécialisés dans le domaine de l’environnement (candidatures CNRS, doctorats, ou post-doc). Ce projet s’inscrit dans la politique de l’I-Site MUSE – Montpellier Université d’excellence en contribuant à deux de ses 3 axes – « Nourrir » (agriculture alimentation) et « Protéger » (Environnement) –, ainsi qu’à leur croisement. Cet axe développe un point de vue de sociologie politique sur des objets considérés comme techniques et peu traités de ce fait par la science politique : les enjeux environnementaux des politiques agricoles, industrielles, de la gestion de l’eau, les risques littoraux… Il interroge le gouvernement de la critique environnementale, qui sera par ailleurs le sujet d’un mémoire d’HDR devant être soutenu durant ce quinquennal (Laura Michel).
Un premier sous axe aborde cette question dans une perspective transversale (démocratie environnementale, comportements et opinions). Un second sous-axe s’intéresse au potentiel de transformation des politiques sectorielles (agriculture, industrie…) sous l’effet de la critique environnementale. Un dernier sous-axe porte sur la territorialisation des réponses apportées par l’action publique à la question environnementale.
Un premier ensemble de travaux s’inscrit dans une perspective transversale.

Un sous-ensemble portera sur la démocratie environnementale dans la suite des travaux engagés précédemment sur la diffusion de la norme participative, dans le domaine de l’environnement. On s’intéressera aux limites que rencontre actuellement son extension, voire aux phénomènes de régression sous l’effet conjugué de trois dynamiques indépendantes : les critiques académiques qui mettent en lumière ses apories ou les instrumentalisations diverses des dispositifs participatifs ; la montée en puissance des acteurs économiques dans les négociations environnementales qui se posent – et sont reconnus – comme représentants de la société civile ; enfin  les discours sécuritaires qui peuvent être utilisés pour justifier un recul des nouveaux droits procéduraux que sont l’accès à l’information et à la participation du public consacrés sur le plan du droit international par la Convention d’Aarhus. Ces travaux s’appuieront d’une part, sur la participation observante de Laura Michel[1] aux travaux de la Convention d’Aarhus et d’autre part, sur l’observation d’une démarche participative – pilotée par des chercheurs d’IRSTEA – qui vise à impliquer des citoyens dans les futurs projets d’aménagement du littoral, à laquelle collabore Laura Michel (Projet Cartodébat).
Un deuxième sous-ensemble portera sur les opinions et comportements en matière environnementale. Une enquête par questionnaires auprès de consommateurs d’électricité (5000 particuliers et 500 petites entreprises) et quatre focus groups ont été réalisés (Jean-Yves Dormagen, Laura Michel) en partenariat avec un producteur d’électricité « verte » (éolien, solaire, hydraulique). Elle sera exploitée pour analyser les comportements en matière de consommation d’électricité verte et leur lien avec les positionnements politiques.
Ce travail sera également alimenté par le projet BAROC, piloté par Jean-Yves Dormagen (avec Laura Michel et Emmanuelle Reungoat), en partenariat avec Science Po Toulouse, (appel à projet Région Occitanie, 2018-2020). Deux enquêtes quantitatives (printemps 2019 et 2020) doivent dans ce cadre nous permettre d’appréhender (entre autres) la perception des risques et enjeux environnementaux notamment dans un contexte de changement climatique (énergie, agriculture et alimentation, risques littoraux) par les habitants de la région Occitanie, leur connaissance des politiques régionales afférentes ainsi que leurs pratiques (consommation et comportements « durables »). Ces données, croisées avec les comportements électoraux (participation, orientations politiques) nous permettront par ailleurs de développer une sociologie fine du vote écologique et plus généralement des profils de vote en fonction de la sensibilité environnementale.
Il s’agit dans cet axe d’interroger le potentiel effet transformateur de la critique environnementale sur des politiques sectorielles, mais également les stratégies sectorielles de canalisation de la critique à travers trois terrains d’étude.
On se propose de poursuivre les travaux sur la montée en puissance des politiques agricoles et alimentaires locales s’inscrivant dans des projets de transition agro-écologique. On interroge leur potentiel de remise en cause du modèle productiviste, au niveau territorial. Notre hypothèse est que les acteurs du secteur agricole déploient des stratégies de résistance aux modèles alternatifs mais pas seulement. Leur appropriation partielle de la critique est aussi un moyen de renforcer la place de l’agriculture sur l’agenda urbain face au référentiel aménagiste/résidentiel dominant dans les villes (terres agricoles comme réserves d’urbanisation). La montée en puissance des politiques alimentaires et agricoles urbaines plus orientées vers un référentiel multifonctionnel et agro-écologique pose aussi la question de leur coexistence avec des référentiels libéraux et productivistes qui se maintiennent aux niveaux national et surtout européen (PAC) et continuent d’orienter les instruments majeurs des politiques agricoles : les financements et la réglementation. Ces travaux vont se poursuivre en partenariat avec la Chaire Unesco alimentations du monde (CIRAD). Un projet a été déposé et présélectionné, porté par l’INRA (UMR Innovation à Montpellier et UMR AGIR à Toulouse) : GATO (Gouvernances Alimentaires Territorialisées en Occitanie)
Les deux terrains suivants s’inscrivent dans un nouveau chantier entrepris depuis 2017 sur les politiques d’adaptation au changement climatique.
Le premier porte sur la problématisation du changement climatique comme levier de prise en compte des risques littoraux par les secteurs de l’industrie portuaire et de l’industrie touristique (hôtellerie de plein air, promotion immobilière). Nous adoptons une perspective comparée entre ces deux secteurs. Nos travaux en partenariat avec des chercheurs du pôle Agropolis s’appuient sur 4 contrats de recherche en cours sur les politiques d’adaptation au changement climatique dans la gestion des risques littoraux (avec S. Barone, IRSTEA) : le premier porte sur le littoral du Golfe du Lion (Fondation de France), le deuxième  sur «Métropolisation et gestion des risques littoraux » (POPSU). Deux autres, en partenariat avec des chercheurs politistes ou sociologues du politique du CIRAD (Gilles Massardier, Marie Hrabranski, Denis Pesche, Pierre-Louis Mayaux) (projets Tackling CC 2017 et Typoclim 2018), lauréats du programme MUSE (Montpellier Université d’excellence) développent une perspective comparative entre secteurs (agriculture/littoral) et pays (Nord/Sud).
Le second terrain inscrit dans la problématique du changement climatique comme facteur de transformation, porte sur le secteur de l’électricité verte, qui nous permettra d’investir un exemple de captation de la critique environnementale – climatique – par le marché. Nous nous appuyons sur l’enquête évoquée plus haut, qui devra être complétée par des entretiens semi-directifs avec les acteurs du secteur, tant du côté industriel que des acteurs publics (impliqués dans la construction de cette nouvelle filière et de ses réglementations).
La littérature anglo-saxonne sur les politiques environnementales – et climatiques en particulier – insiste sur le fait que leur mise en œuvre nationale et locale représente un vrai défi. La mise en œuvre suppose en effet une approche intégrée qui nécessite l’articulation entre les instruments (de financement, market-based, nature-based, de planification, d’aménagement, de gestion des risques, etc.), les secteurs (agriculture, urbanisme/habitat, environnement, industrie…), les acteurs (administrations, élus, filières, entreprises, « société civile »…), et les niveaux d’action (international, national, territoriaux). Par ailleurs les politiques nationales et internationales affichent des principes souvent flous voire contradictoires, qui renvoient au niveau territorial à la conflictualité potentielle de leur mise en œuvre. Cette problématique soulève la question de la gouvernance territoriale des politiques environnementales. Elle sera abordée à travers les politiques de l’eau, des risques littoraux et les politiques agroécologiques. Les travaux en cours doivent nous permettre de renseigner les recompositions à l’œuvre dans les relations entre l’ensemble des acteurs sur le territoire, services de l’État compris, autour des enjeux écologiques propres à ces politiques. Dans le domaine des politiques agricoles et alimentaires nous testerons l’hypothèse d’un report sur les territoires des enjeux d’agroécologie et de multifonctionnalité. Dans le domaine de l’eau, la thèse de Claire Dedieu analysera l’incidence de la réforme de l’État territorial sur la qualité de la protection de la ressource en eau. Une thèse comparative sur la gestion du stress hydrique (Ophélie Traché) vient en outre de commencer sous la Direction d’Emmanuel Négrier (co-encadrée par Sylvain Barone, IRSTEA). Dans le domaine des risques littoraux, l’État territorial est également moins directement présent, poussant les acteurs locaux à prendre de nouvelles responsabilités tout en cherchant à gouverner à distance via la réglementation des risques ou des doctrines d’adaptation à l’érosion côtière. Entre injonctions contradictoires et pénurie de moyens, nous interrogerons les recompositions en cours autour des Métropoles – désormais en charge de la GEMAPI – et des Régions. Ce sous-axe s’appuiera sur les partenariats et contrats de recherche évoqués plus haut.
Par ailleurs, la question de la gouvernance des risques littoraux et du stress hydrique en régime de changement climatique sera au centre d’une comparaison internationale avec les États-Unis, que nous allons développer durant tout le quinquennal. Dans ce sens nous avons engagé des collaborations avec l’Université de Californie Davis (UC Davis). Une recherche comparative est en cours concernant les risques littoraux dans le Golfe du Lion et la Baie de San Francisco en Californie. Laura Michel a également été lauréate d’une bourse de mobilité pour l’Université de Californie Davis (3 séjours de recherche : octobre 2018, mai 2019 et automne 2019) qui permet de mener le terrain de recherche sur la Californie et de construire une grille d’analyse comparative avec l’équipe de notre partenaire (Mark Lubell, Directeur du Center for Environmental Policy and Behevior, UC Davis).
L’ensemble des travaux de cet axe ainsi que les partenariats noués avec chercheurs du pôle Agropolis alimenteront le séminaire « Environnement et politique(s) » du Master 2 bilingue Comparative politics and public policy.

Nous allons par ailleurs poursuivre notre engagement dans différents réseaux locaux, nationaux et internationaux :

  • RECO (Réseau d’expertise sur les changements climatiques en Occitanie, membre du comité de pilotage)
  • KIM (Key Initiative MUSE) Mer et littoral
  • Garants de la concertation (CNDP, Commission nationale du débat public)
  • ICPC (Institut de la concertation et de la participation citoyenne)
  • Ambition Littoral
  • Climate Change Policy/2CP International Network
Il apparaît clairement que cet axe doit faire l’objet d’un développement des ressources humaines. Il mobilisera à temps plein un enseignant-chercheur (Laura Michel) et deux doctorantes (Claire Dedieu et Ophélie Traché) ; à temps partiel un chercheur CNRS (Emmanuel Négrier) et un enseignant chercheur (Jean-Yves Dormagen). Le pari assumé est de développer les partenariats avec les EPST de Montpellier pour placer le CEPEL au carrefour de collaborations multiples dans le cadre de la politique de site de MUSE. L’accueil de nouveaux chercheurs CNRS serait un soutien précieux. Pour l’heure, l’obtention d’un accueil en délégation CNRS aidera à initier cette dynamique.