L’intérêt pour la dimension territoriale dans l’analyse des phénomènes politiques et sociaux est l’une des marques constitutives les plus durables de l’identité intellectuelle du CEPEL. Présente au début de l’unité lors de l’adoption de l’actuel acronyme au début des années 1980 (sous la forme de « Centre comparatif des politiques publiques et des espaces locaux »), celle-ci se traduit/manifeste à travers un attrait assumé pour des formes d’analyse localisée du ou/et des politiques dans lequel le territoire est érigé en référent de la mobilisation par les acteurs, aux plans politique ou/et social ou/et institutionnel, et dans la conception et la mise en œuvre de programmes d’action publique déterminés. Lorsqu’a été ensuite engagée une dynamique de spécialisation autour de l’Europe méditerranéenne, matérialisée au tout début des années 2000 par le toilettage de l’appellation du laboratoire en « Centre d’Etudes Politiques de l’Europe Latine », il s’agissait également de revendiquer un ancrage territorial spécifique circonscrivant une aire d’expertise qui s’est avérée pleinement compatible avec la vocation originelle de l’unité. A cet égard, les formes de diversification ou/et de dépassement plus récentes au tournant de la décennie 2010 (ouverture transatlantique, prise en compte de la dimension UE, interrogation autour des perspectives globales) peuvent être lues comme l’ajout d’une strate supplémentaire à une démarche intellectuelle collective faites de cercles concentriques ayant toujours placé les questionnements territoriaux au cœur de la réflexion. L’axe « Territoires » du projet CEPEL se retrouve donc irrigué par une série de recherches en partie héritières des efforts passés dont il s’agit de développer les fruits et par un renouvellement des perspectives au gré des enjeux émergents et des forces ayant intégré le laboratoire (recomposition territoriale des agencements institutionnels et des dynamiques de l’action publique, reprise des mobilisations politiques à base territoriale, etc.). Ces recherches ont ainsi permis d’offrir des contributions particulièrement utiles à l’étude des dynamiques de construction et déconstruction identitaire (constructions des identités nationales et contestation territoriales des arrangements stato-nationaux), à l’investigation des spécificités des espaces politiques locaux et à l’analyse des attitudes et comportements politiques régionaux. A la lumière des perspectives de recherche susceptibles de développement au laboratoire, celles-ci sont susceptibles d’alimenter plusieurs lignes de recherches, le cas échant partiellement en lien avec des aspects développés dans les axes « santé » et « environnement ». Trois lignes peuvent être distinguées : territoires et politiques publiques, identités et comportements politiques et politique des Suds.
Comme exposé, le lien entre politiques publiques et territoires constitue un point d’ancrage essentiel au sein du CEPEL dont les chercheurs envisagent de décliner les potentialités, au prisme de différents secteurs et en prise avec les évolutions politiques et sociales les plus significatives, de la manière suivante.
Sur la base des recherches effectuées dans la période précédente (Programme « Raconter la maladie : Cancer et quartiers précarisés » 2015-2018), Gilles Moutot, Laurent Visier et Geneviève Zoïa projettent de continuer à développer une approche territoriale dans les secteurs santé et éducation à partir de l’analyse des politiques alimentaires scolaires (programme ACTER, financement région Occitanie de 170 000 € sur programme Recherche et Société). Cette approche élargit la focale adoptée précédemment sur les quartiers précarisés en développant une comparaison entre territoires régionaux urbains à partir de « la ville à trois vitesses » au prisme d’une comparaison entre lieux socialement typés au sein de la région Occitanie.
Aurélia Troupel propose l’examen des politiques institutionnelles avec l’analyse des développements de la réforme territoriale en France. Lancé en 2008, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, ce chantier connaît, depuis plus d’une dizaine d’années, de multiples rebondissements. Affectant tout autant les compétences que leurs périmètres, promouvant certaines collectivités territoriales et tentant d’en supprimer quelques-unes, cette réforme territoriale redéfinit en profondeur le système politico-administratif français. Il est donc essentiel d’en suivre les évolutions car elles ont une incidence directe sur la sociologie des élus.
Jean Joana situe ici la question de l’analyse des rapports entre opérations extérieures et transformations des politiques de défense. Depuis la fin de la Guerre froide, au cours de laquelle la mission principale des forces armées occidentales était la défense de leur territoire national, les missions de « projection de force », consistant pour un Etat à intervenir avec des moyens militaires dans un conflit armée éloigné de ses propres frontières ont pris une importance croissante.  L’impact de ces nouvelles missions sur l’organisation et les conditions d’emploi des forces armées fait l’objet d’un débat entre les spécialistes de sociologie militaire ou des études stratégiques. L’objectif de ce projet est de prendre pied dans ce débat en mobilisant les outils classiques de l’analyse des politiques publiques. Dans cette perspective, la manière dont les exigences de ces nouvelles missions sont prises en compte dans le cadre de la définition et de la mise en œuvre des politiques d’acquisition d’armement ou de gestion de la ressource humaine des forces armées sera examinée. Il s’agira notamment d’apprécier ce que cette prise en compte change aux instruments mobilisés dans le cadre de ces politiques, aux objectifs qui leurs sont attribuées, aux rapports de force entre acteurs, qui y sont associés, etc. Ces réflexions seront conduites dans une perspective comparée, à partir notamment des cas britanniques et français, qui apparaissent au niveau européen comme particulièrement concernés par l’implication de leurs forces dans ces nouvelles missions d’intervention.
Emmanuel Négrier intègre également ici l’étude du rapport entre politiques culturelles et territoire. La territorialisation des politiques culturelles est en effet l’une des thématiques les plus anciennes attachées au laboratoire. Elle est d’abord l’un des aspects des changements qui affectent le secteur culturel, en termes de changement d’échelle (intercommunalité, régionalisation, agencification). Elle est ensuite l’un des niveaux privilégiés d’observation des changements de paradigme (tournant participatif, mise en œuvre des droits culturels, nouvelle économie culturelle), en France comme dans une perspective comparative. La documentation et la mise à l’épreuve critique de ces changements passent par la mise en œuvre de trois principaux projets de recherche. Le premier traite du tournant participatif dans les politiques culturelles en Europe, et s’engage par un colloque international organisé à Montpellier (mai 2019), des séminaires et publications à venir. Il est soutenu par le programme Europe Créative. Le deuxième s’intéresse au phénomène de festivalisation des politiques culturelles, en déplaçant la focale vers une interrogation sur la valeur sociale des festivals. Ce projet est soutenu par trois régions françaises, France Festivals et la SACEM. Le troisième consiste dans le copilotage de la collection « Politiques culturelles » (avec Philippe Teillet) aux P.U.G., où nous publions le premier opus: « Les projets culturels de territoire ».
Christophe Roux inscrit dans le cadre de ce thème l’étude comparative du processus d’institutionnalisation de la science politique comme discipline académique en Europe. Insérée dans le cadre du projet COST ProSEPS (Professionalization and Social Impact of European Political Science), cette recherche collective portée par une trentaine de partenaires vise à apprécier empiriquement et comparativement le degré d’intégration de la discipline au sein des espaces d’enseignement supérieur et de recherche du continent, France incluse, tout en étudiant les dimensions d’internationalisation (avec Marc Smyrl), de visibilité médiatique et d’impact sur la décision publique des politistes européens.
Plusieurs recherches phare au sein du laboratoire saisissent le territoire au prisme des questionnements de l’action politique entendue de façon large autour de la manipulation de cadres d’identité collective et de compréhension d’aspects variés de l’étude des comportements politiques.
Alexandre Dézé entend poursuivre, dans une double perspective d’élargissement et d’approfondissement, l’exploration d’objets d’étude qui sont au cœur de ses préoccupations de recherche depuis maintenant plusieurs années : la sociologie des partis politiques, le phénomène extrême droitier et l’analyse iconique. Trois chantiers seront plus particulièrement entrepris. Le premier consistera en l’achèvement de la rédaction d’un manuel d’introduction à la sociologie des organisations partisanes visant à offrir un bilan synthétique et critique des approches existantes ainsi qu’une analyse renouvelée du phénomène partisan nourrie de multiples exemples empiriques. Rédigé à quatre mains avec Florence Haegel, cet ouvrage sortira dans la collection « Ouvertures politiques » chez De Boeck Editions. Il viendra parachever deux décennies de recherches et d’enseignements sur les partis politiques. Le deuxième consistera à prendre à nouveau la mesure de l’état du Front national/Rassemblement national, dans la lignée du dernier ouvrage collectif codirigé avec Nonna Mayer et Sylvain Crépon (2015). Il s’agira plus particulièrement de questionner la mue lente et progressive de l’organisation mariniste au regard des théories du changement partisan, de continuer à déconstruire le traitement médiatique dont elle fait l’objet et de compléter cette approche par une enquête de réception des évolutions du parti auprès du public. Le produit de ces recherches sera notamment restitué dans un ouvrage à paraître aux éditions Bréal. Le troisième consistera enfin à élargir le champ de ses analyses iconographiques antérieures en prenant part au programme de recherche Guest-Occitanie sur « Les séries télévisées pour repenser le monde et les savoirs » financé par la MSH-Sud et porté par S. Hatchuel, C. Cornillon et S. Sorlin. Il s’agira notamment de participer au travail de construction des séries comme objet d’étude légitime en science politique, à l’élaboration du dispositif méthodologique d’analyse des séries, et à leur étude proprement dite.
Emmanuelle Reungoat envisage quant à elle dans ce volet deux projets essentiels. Le premier a trait au thème « européanisation des sociétés nationales et conflits politiques en perspective ». Il s’agit de prolonger les recherches entamées depuis plusieurs années sur l’européanisation de la vie politique nationale en France, ainsi que sur les contestations (les multiples « euroscepticismes ») et conflits générés par l’intégration européenne et leurs effets sur les pratiques et les systèmes politiques.  L’analyse s’attache donc en particulier à l’étude des campagnes et des élections européennes (en particulier suite à la réforme de 2018), à l’évolution des partis politiques et de l’opinion publique, en particulier du point de vue des oppositions mais également des pratiques ordinaires de l’Europe (ou de leur absence). L’insertion dans collectifs de recherche européens aux fins de produire des comparaisons transnationales sera également poursuivie. Un second projet concerne l’évolution des mouvements sociaux et transformation du militantisme en question à travers l’analyse du mouvement des « Gilets jaunes ». Dans le cadre d’une enquête collective nationale articulant une approche quantitative et qualitative, il s’agit d’analyser ce mouvement pour comprendre ce que celui-ci donne à voir de l’évolution des pratiques du militantisme et des logiques de l’engagement mais également ce qu’il permet de révéler de l’évolution des rapports ordinaires au politique. Trois prismes principaux de questionnement seront abordés à Montpellier : la question du rapport ordinaire au politique et aux institutions ainsi que l’analyse du rapport à l’action protestataire et notamment l’entrée en contestation et ses effets. Enfin, le prisme du genre dans la protestation des gilets jaunes est également mobilisé à la fois comme un outil et un objet d’analyse propre s’intéressant à la construction des rapports sociaux de sexe et à leurs usages dans la contestation.
Jean-Yves Dormagen coordonne BAROC (Baromètre Opinion Occitanie), associant avec lui 3 autres membres du CEPEL (L. Michel, E. Reungoat, A. Troupel). Financée par la Région Occitanie (190 000 euros) et menée en collaboration avec l’IEP de Toulouse, le terrain et la production des données débuteront au lendemain des prochaines élections européennes et se dérouleront sur deux vagues : entre le 27 mai et le 14 juillet 2019, puis au lendemain des prochaines municipales prévues en mars 2020. L’analyse et la diffusion des résultats sont prévues sur la période 2020-2022. Cette enquête a pour objet les recompositions politiques et les nouveaux clivages à l’œuvre au cours de la dernière période, tout particulièrement depuis l’élection présidentielle de 2017. Elle vise également à étudier les logiques de constitution d’une nouvelle entité politique – la région Occitanie – et à mieux identifier les logiques identificatoires à l’œuvre au sein de la population de la nouvelle région : identifications territoriales (régionales, nationales, européennes…), identifications sociales, identifications religieuses, identifications politiques… Le protocole d’enquête vise principalement à réaliser deux sondages panélisés de grande ampleur (2000 électeurs interrogés en face-à-face à domicile dans le cadre de la première vague, tirés au sort sur les listes électorales de 100 bureaux de votes, eux-mêmes tirés au sort sur l’ensemble de la région, avec proposition à chacun de ces interviewés de signer une autorisation pour être éventuellement recontacté dans le cadre de la seconde vague ou pour participer à un entretien qualitatif).

Éric Savarese entend placer dans cette perspective plusieurs projets :

  • poursuivre l’analyse de la citoyenneté en faisant dialoguer situation coloniale et rencontre postcoloniale, à la suite des travaux sur l’antisémitisme comme facteur de mobilisation électorale dans l’Algérie coloniale. Il s’agit d’aborder dans quelle mesure la situation coloniale permet de renouveler les questionnements sur la sociologie historique de la citoyenneté, à partir d’une recherche sur la citoyenneté dans les colonies de peuplement et d’un travail de sociologie historique sur la construction de la statistique ethnique dans l’Algérie coloniale ;
  • mener une recherche sur la dépendance relative des politiques de la mémoire à l’égard des modèles de citoyennetés (républicain, multiculturel) : une recherche sur le cas français est actuellement en cours de réalisation, et pourrait gagner à être par la suite élargie à une analyse comparative avec d’autres pays en sélectionnant des cas permettant de confronter différents modèles de citoyenneté ;
  • une enquête sur la « naturalisation » est actuellement en cours pour établir quel sens elle peut avoir pour les actuels postulants, dont le nombre est en hausse ; elle s’inscrit dans le programme de recherche RECIT (Renégocier la citoyenneté), fera l’objet d’une première présentation des résultats lors du prochain congrès de l’AFSP (ST 25 consacrée à la racialisation des politiques publiques par le bas), et sera prolongée à la suite.
Emmanuel Négrier mène ici, avec Farid Boussama, le projet « la politique au village » qui se propose d’examiner de façon approfondie le rapport à la politique des habitants d’un village, et de mettre ainsi à l’épreuve les théories explicatives du sentiment politique et du vote (analyses stratégique, sociologique et contextuelle). Cette étude repose sur un investissement de longue durée sur un terrain d’enquête, et trois vagues réalisées à l’occasion des présidentielles de 2007, 2012 et 2017. Elle repose aussi sur le traitement quantitatif des données électorales sur près de 40 ans de scrutins (1981-2019). Les deux approches (quantitative et qualitative) se répondant mutuellement pour éclairer le rapport villageois à la politique et son évolution.
Jean Joana situe quant à lui ici sa contribution au projet SecEUrity (Fighting Together, Moving Apart ? European Common Defence and Shared Security in an Age of Brexit and Trump), qui rassemble une douzaine d’institutions européennes (dont le CEPEL par cette participation pour la partie qualitative française de ce projet), et vise à faire le point sur la manière dont la Politique de Sécurité et de Défense Commune de l’Union Européenne est appréhendée par les élites et les opinions publiques des Etats membres à un moment où la construction européenne est particulièrement contestée. Rassemblant les meilleurs spécialistes européens des questions touchant aux rapports entre opinion publique et politique étrangère, il bénéficie d’un soutien financier de la fondation Volkswagen pour la période 2019-2021. Pour ce faire, il mobilise une démarche à la fois qualitative et quantitative consistant tout à la fois à sonder les opinions publiques de 8 Etats-membres sur cette question et à réaliser une série d’entretiens avec des élites civiles et militaires en charge de cette politique au niveau national, mais aussi de l’UE et de l’OTAN. Il s’agira notamment d’apprécier dans quelle mesure l’état des opinions publiques est identifiée, ou pas, comme une contrainte par les élites en charge de cette politique, comment il est susceptible d’être pris en compte dans le processus de décision, et quelles sont les capacités de « cadrage » des opinions publiques dont disposent ces élites sur la question.

Dans ce volet, Aurélia Troupel entend inscrire trois projets de recherche :

  • le vote blanc en milieu rural : il s’agira de prolonger les travaux conduits à l’occasion des municipales de 2014 qui avaient mis en lumière une forte explosion du vote blanc dans les communes dont le mode de scrutin avait été changé (entre 1 000 et 3 499 habitants). L’objectif de ce projet est double : déterminer si la forte augmentation du vote blanc et nul en 2014 était conjoncturelle ou structurelle ; interroger les électeurs pour saisir les ressorts de ce vote particulier ;
  • la sociologie des élus départementaux : dans la continuité de ses précédentes publications, Aurélia Troupel réalise une enquête en collaboration avec une doctorante du CERAPS et en partenariat avec l’ADF (l’Assemblée des Départements de France) sur les conseillers départementaux élus en 2015. L’enjeu de cette enquête est double : elle n’a pas seulement pour vocation à continuer d’ausculter des élus locaux ayant fait l’objet de peu de recherche jusqu’à présent. Elle vise surtout à étudier un personnel qui, pour la première fois, a été féminisé massivement et dont les ressorts de l’élection ont été profondément modifiés suite à l’entrée en vigueur du nouveau mode de scrutin (loi du 17 mai 2013) ;
  • les municipales 2020 : Aurélia Troupel intègre le réseau national coordonné par Rémi Lefebvre et Sébastien Vignon sur ces élections. L’objectif est de déployer des équipes de chercheurs appartenant à différents laboratoires (CHERPA, CURAPP-ESS, CED, CERAPS, Triangle, etc.) afin d’étudier ce scrutin dans 14 villes de plus de 100 000 habitants. Aurélia Troupel est dans ce projet la référente du site montpelliérain et mènera une enquête sur la sociologie des élus municipaux.
Christophe Roux entend pour sa part dans ce volet analyser de façon comparative la persistance des mobilisations régionalistes en Europe, attestée par de nombreuses occurrences empiriques au moment où ces lignes sont rédigées. Il s’agit de resituer les logiques sociohistoriques de ce type spécifique de participation, d’en analyser les formes changeantes et les emprises territoriales variables ainsi de procéder à une analyse contextualisée des ressorts des succès ou insuccès d’un courant appelant également à un travail de clarification conceptuel et théorique.
Le label « politique des Suds » est la forme collective à laquelle répond l’inscription privilégiée des travaux du CEPEL dans une perspective faite de cercles concentriques où se mêlent travaux à l’échelle régionale (« Sud de France »), recherches investissant de façon spécifique et originale l’aire sud-européenne (« Sud d’Europe ») et abordant, en fonction des opportunités, des territoires dépassant l’ancrage du monde occidental au sens étroit (« Sud global »).
Au titre du « premier cercle », Emmanuel Négrier co-anime le projet INROC (pour « INvention de la Région OCcitanie ») qui est une opération de recherche coordonnée avec le CERTOP (Toulouse). C’est en même temps un projet collectif au sein du laboratoire, auquel plusieurs membres participent, ainsi qu’au sein du site montpelliérain, dans la mesure où il accueille des chercheurs d’autres laboratoires (ART-DEV, LIRDEF, INNOVATION-INRA) L’idée majeure est de nous saisir du phénomène singulier de fusion entre régions (ex-Languedoc-Roussillon et ex-Midi-Pyrénées) pour réinterroger la régionalisation à la française, souvent conçue comme intrinsèquement faible et dépendante (symboliquement, financièrement et politiquement) de l’État central. Deux dimensions se combinent pour cet examen à la fois rétrospectif, prospectif et critique : celle des identifications (régionalisme, culture politique, imaginaires territoriaux) et celle des politiques publiques. Elles dialogueront utilement avec les résultats du projet BAROC, déjà signalé. Au-delà de l’objet régional, ce projet entend également contribuer à l’analyse plus générale des fusions et changements d’échelle territoriale. Aurélia Troupel y est notamment intégrée, avec Michel Cattla (CERTOP) dans un travail de sociologie des élus de la nouvelle région Occitanie.
Le deuxième filon de recherche, dans cet ensemble, est représenté par les recherches spécialisées sur l’Europe du Sud qui ont fait l’une des marques distinctives du CEPEL. Hubert Peres et Christophe Roux tâcheront de rendre compte des recompositions du système politique espagnol en combinant travail de synthèse sur les acquis antérieurs et appréciation comparative des innovations qui travaillent à cette heure de façon inattendue cette démocratie ibérique. Cette dimension s’insèrera dans une perspective de recherche plus large et en réseau poursuivie par Christophe Roux autour de la dynamique comparée des systèmes politiques sud-européens dont il s’agira de comprendre, dans la continuité de l’Observatoire du Changement Politique en Europe du Sud mis en place au début des années 2000 en partenariat avec l’Université de Barcelone, la logique des recompositions partisanes, électorales et institutionnelles.

Enfin, plusieurs travaux envisagent de saisir un « Sud global ».

A cet égard, Jean-Yves Dormagen porte le projet « la Tunisie en transition ». Débuté en 2017 en lien avec l’association 3ich Tounsi, il se prolongera jusqu’en 2021. Il vise à étudier les dynamiques d’opinion et la participation aux élections des citoyens tunisiens dans le cadre de la transition démocratique que traverse le pays. Les élections présidentielles et législatives prévues en octobre et décembre 2019 constituent l’un des temps forts de ce projet. L’objectif de ce programme est de mieux comprendre les logiques de production des votes au sein de la nouvelle démocratie tunisienne. Il s’agit, en particulier de mieux comprendre quels sont les facteurs explicatifs de la non-inscription (près de 40% de la population) et de l’abstention massives observables lors des élections (seulement 33% de participation lors des élections municipales de 2018). Il s’agit aussi de mieux comprendre quels sont les principaux clivages et quels sont les mécanismes d’identification à des groupes de références (religieux, sociaux, tribaux…) qui structurent les choix électoraux. Il s’agit, enfin, de saisir quels sont les facteurs permettant d’expliquer le profond désenchantement politique qui accompagne cette phase de transition politique. Pour cela, le programme de recherche repose sur la combinaison de très grandes enquêtes quantitatives et d’approches qualitatives. Sur la période 2017-2019, une vingtaine de sondages représentatifs auront été réalisés dont 3 portants sur plus de 10 000 personnes interrogées en face-à-face à leur domicile. A la fin du projet, environ 1 Tunisien sur 400 aura été interrogé dans le cadre de ce programme. Ces bases d’une ampleur inhabituelle doivent permettre une analyse statistique fine des dynamiques à l’œuvre au cours de la transition démocratique. Des observations directes et des focus groups sont également réalisés de manière à collecter les matériaux qualitatifs indispensables à l’analyse de ce moment décisif de l’histoire tunisienne.
Marc Smyrl mène dans ce volet un projet sur les transformations des politiques d’intégration et d’innovation sociale en Turquie. Préparé par des publications préliminaires en fin de contrat dernier en collaboration avec des collègues de l’Université d’Istanbul, cet objet a été désigné prioritaire par l’Union Européenne ainsi par que des organismes internationaux tel que l’OCDE et la Banque Mondiale dont le principal élément novateur est d’appliquer à l’intégration sociale des instruments centrés sur le développement participatif d’instruments et de démarches visant l’intégration. Un premier effort, portant sur les politiques turques visant l’intégration des réfugiés syriens n’ayant pas obtenu le financement franco-turc demandé en 2018 (partenariat ANR-TUBITAK), notre intention est de nous porter de nouveau candidat en 2020 à ce programme, ainsi qu’au Partenariat Hubert Curien « Bosphore » en y associant une équipe élargie de la part du CEPEL comprenant des collègues spécialistes des méthodes quantitative et de l’innovation en médecine, et ce en vue d’une demande de financements européens élargie.